Patrimoine Bëtí
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Figures d’hier et d’aujourd’hui
MÉMOIRE MUSICALE
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« Abbé Pierre Lucien BETENE (1941–2023) : une vie entre ministère, musique et transmission »
Prêtre, auteur-compositeur et fondateur de la chorale Nkukuma David, l’Abbé Pierre Lucien Betene a laissé une empreinte importante dans le patrimoine musical religieux camerounais. À travers son œuvre, la spiritualité s’est aussi chantée en Ewondo, portée par les rythmes et les sonorités Bëtí.
Sur Dzaleu.net, nous revenons sur son parcours, son œuvre et cet héritage où se rencontrent foi, musique, langue et transmission.
Quand la foi se chante en Ewondo
Certaines œuvres traversent les décennies parce qu’elles portent bien davantage qu’une mélodie. Elles transmettent une langue, une manière de croire, une sensibilité et une part de mémoire collective.
L’Abbé Pierre Lucien BETENE appartient à ces figures qui ont profondément marqué le patrimoine musical religieux camerounais. Prêtre, éducateur et auteur-compositeur, il a consacré une grande partie de son œuvre à faire dialoguer la foi catholique avec les langues, les rythmes et les expressions culturelles de son environnement Bëti.
Ordonné prêtre le 6 mars 1971 pour l’archidiocèse de Yaoundé, il exercera son ministère dans plusieurs paroisses et assumera également des responsabilités dans le domaine de l’éducation. Mais son nom reste particulièrement associé au chant religieux et à la chorale Nkukuma David, qu’il fonda et avec laquelle il contribua à inscrire durablement l’Ewondo et les sonorités locales dans la musique chrétienne camerounaise.
Nkukuma David : chanter la foi dans sa langue
À travers Nkukuma David, l’Abbé BETENE participe à un mouvement plus large d’inculturation : la foi chrétienne ne s’exprime plus seulement à travers des formes musicales héritées d’ailleurs, mais également avec les langues et les instruments du pays. Balafons, percussions, chant choral et langue Ewondo trouvent ainsi leur place dans la célébration religieuse.
Son travail autour du balafon et des formes culturelles locales est notamment cité parmi les éléments marquants de son œuvre. Cette démarche dépasse d’ailleurs les frontières du Cameroun : les archives consacrées à son parcours mentionnent notamment une tournée de Nkukuma David en Allemagne en 1980.
Pour Dzaleu, cet héritage de l’Abbé BETENE revêt une dimension particulière : chanter dans une langue contribue aussi à la faire vivre. Mais aussi à la pérenniser, à la transmettre aux générations futures. Les chants appris à l’église, repris en famille et transmis d’une génération à l’autre ont constitué, pour beaucoup, un autre espace de familiarité avec l’Ewondo.


Deux chants, une mémoire toujours vivante
Parmi les œuvres associées à l’Abbé B BETENE et à la chorale Nkukuma David, certaines continuent de résonner plusieurs décennies après leur création. C’est le cas de « Diá David », enregistré en 1976. Cette chanson évoque la figure du roi David et cette capacité à retrouver force et espérance dans le souvenir des bienfaits du Créateur.
« Diá David » est bien plus qu’un chant religieux : c’est un remède contre la tristesse et une invitation à célébrer les bienfaits de la Vie. Il nous raconte comment le Roi David retrouvait toute sa force en se rappelant les bénédictions du Seigneur.
« Levez-vous et saluez le Créateur !
Le Créateur Seul est Seigneur !
En vérité Il mérite toute la Gloire ! »
Autre chant emblématique : « Ǹtondóbə anyəbgə a dzé ! »
Dans cette œuvre, l’Abbé BETENE glorifie Ǹtondóbə, ancien nom du Créateur en Ewondo, aux côtés du terme aujourd’hui plus familier Zambá. On y retrouve notamment cette évocation :
« Ǹtondóbə té anyəbgə a dzé !
A fúbu ǹnə́m á dzé !
Anyəbgə a dzé ! »
Une célébration de la pureté du cœur et de la beauté du Créateur, dans laquelle langue, spiritualité et expression poétique se rejoignent. Ces chants témoignent d’une époque, mais ils ne lui appartiennent pas entièrement. Repris, écoutés et transmis, ils continuent de faire circuler des mots, des sonorités et une certaine manière de dire le sacré en Ewondo.


Un héritage entre musique, langue et transmission
L’Abbé Pierre Lucien BETENE s’est éteint à Yaoundé le 1er août 2023, à l’âge de 82 ans, après plus d’un demi-siècle de ministère sacerdotal.
Son héritage ne se résume pourtant ni à une date ni à quelques morceaux célèbres. Il se trouve aussi dans cette rencontre entre foi, musique, langue et culture qu’il a contribué à faire entendre. À travers la chorale Nkukuma David et son œuvre musicale, une partie du patrimoine Ewondo a trouvé un espace supplémentaire de transmission : celui du chant.
Et peut-être est-ce aussi cela, une langue vivante : une langue que l’on parle, mais également une langue dans laquelle on prie, on chante, on célèbre et on se souvient.
Un texte de ©Minsili Zanga Mbarga
Sources : Archives Dzaleu – Cameroon Tribune – Cameroun actuel – Wikipedia – Scribd

🎵 À écouter sur nos réseaux sociaux
Retrouvez prochainement sur nos réseaux sociaux trois extraits musicaux en hommage à l’Abbé Pierre Lucien Betene et à la chorale Nkukuma David : deux extraits de « Diá David » et un extrait de « Ǹtondóbə anyəbgə a dzé !« .
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