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Us et coutumes – La problématique de la dot en Afrique noire

Us et coutumes – La problématique de la dot en Afrique noire

La dot (ce que le futur marié apporte à la famille de la future épouse), est un élément indispensable de toute union dans la culture africaine. Et ceci est vrai quelle que soit la région d’Afrique, Centre, Sud, Est, Ouest.

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La dot est même un des des points qui montre l’unicité de l’Afrique noire, au-delà des différences de forme.

Qu’on soit au Sahel où Golfe de Guinée, qu’on soit Wolof, Malinke (Afrique de l’ouest), Betí, Gbaya, Sawa (Afrique centrale) ou Xosa, Zulu (Afrique australe), etc., point de mariage sans dot.

Débat sur la dot : Le cas du Mali

Au vu du reportage vidéo en lien, on peut dire que la problématique de la dot est la même partout en Afrique noire.

Au fil des évolutions sociétales, la dot, réglementée ou non, a connu un certain nombre de dérives

Sont notamment citées les demandes exagérées dues à la cupidité, certaines familles semblant aujourd’hui voir dans la dot un moyen d’enrichissement. Du moins, c’est l’avis des détracteurs de la pratique. Pour eux, vu son coût élevé, la dot vient être un poids supplémentaire voire infranchissable pour de nombreux jeunes dans des sociétés où la situation économique est déjà soumise à plusieurs goulots d’étranglement (cas du Franc CFA en Afrique dite « francophone », pillage des multinationales, insécurité nourrie par les « terroristes » au vu et au su des multiples missions onusiennes dites de la paix, etc.) Dans un tel environnement, de nombreux jeunes peinant à se marier, indexent de plus en plus la dot.

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Faut-il pour autant condamner le principe de la dot ?

A notre avis, non, car encore une fois, elle est un élément clé de la culture africaine et de son unicité. Dans une société « saine », la dot joue à la perfection ses différents rôles : stabilisatrice, source de liens sociaux, élément de renforcement des liens entre communautés, socle des valeurs d’entraide.

Petite plongée dans le passé.

La dot (mariage) était une affaire entre deux grandes familles, deux communautés

On ne se mariait pas à la légère, ne serait ce que du fait des obligations sociales induites par la dot. Elle ne reposait pas uniquement sur le futur marié, mais relevait d’une contribution collective ou l’entraide familiale jouait son rôle. De même, la famille de la femme, réceptrice de la dot, offrait aussi en retour un certain nombre de présents au départ de sa fille. Pas autant que le marié, mais la jeune épouse n’allait pas dans son nouveau foyer les mains vides.

Azania (recueil de nouvelles) Minsili Zanga Mbarga - Librinova juillet 2020

De même, « la dot ne finit jamais » comme on dit en Afrique. L’époux tout au long du mariage est tenu d’apporter assistance à la famille de sa femme (dans la mesure de ses capacités). L’inverse étant aussi vrai. C’est important de le signaler. Avant, les mouvements de circulation sociales induites par la dot n’étaient pas à sens unique (homme vers femme). Une belle-fille qui s’occupe de sa belle-mère, une belle-famille bienfaisante… La culture africaine africaine avait mis en place une série de mécanismes permettant que le poids de la dot ne doit pas uniquement vu comme un fardeau par la famille de l’homme.

C’est sans doute la dilution de tous ces « à-côtés » du fait de l’individualisme capitaliste qui explique que de plus en plus, la dot soit vécue comme un carcan par ceux désormais sollicités à sens unique.

Toutefois, malgré les critiques contre elle, la dot reste une étape obligatoire pour nombre d’Africains

Preuve donc que ce n’est pas le principe qui cause problème, mais son opérationalité dans des sociétés postcoloniales confrontées au néo-libéralisme qui par essence, est anti-africain dans sa conception du rapport socioéconomique au monde.

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Dot et système juridique : une voie pour réduire les dérives actuelles?

Même si est elle incluse ou reconnue symboliquement dans de nombreux de codes de la famille en Afrique, dans les faits, la dot n’est généralement pas source de droit au même titre que le mariage civil.

Une incongruité quand on sait que c’est un élément essentiel de la culture africaine. Mais, l’explication n’est pas à chercher loin. C’est même du fait de son importance dans la culture africaine que la dot a subi de plein fouet une guerre idéologique qui ne dit pas son nom, tant au niveau juridique que religieux.

Déjà, les constitutions ayant été écrites par mimétisme à celles des anciens colons voire par eux, tout ce qui fait l’essence des sociétés africaines en a souvent été expurgé. Ce qui crée des situations ubuesques et alimente d’ailleurs les dérives. Car, dans certaines communautés, c’est jusqu’à trois mariages que le jeune homme doit se conformer : dot, mariage civil, mariage religieux.

Mais de rares pays, comme le Mali à la une dans ce reportage, ont inclus la dot dans leur constitution. Ce n’est pas le cas dans de nombreux autres. Certes ici et là on réglemente, on reconnaît même un statut de mariage coutumier (sic !) mais qui n’est pas source de droit comme le mariage civil d’essence coloniale. Pour faire simple, un jeune couple au Cameroun par exemple, ne peut pas juridiquement se contenter d’un mariage « dot » car son statut juridique ne lui confère pas les mêmes droits qu’un mariage devant le maire. Donc ici, c’est le mariage civil qui a la prééminence. Dès lors, face aux dérives, certains auront tendance à indexer le maillon faible (en termes d’avantages pour eux) : la dot.

Quand au mariage religieux (chrétien ou musulman), ici, la prééminence est surtout morale. On accorde moralement plus de crédit à ces types de mariage eux aussi induits par la colonisation.

Azania (recueil de nouvelles) Minsili Zanga Mbarga - Librinova juillet 2020

Au final, la problématique de la dot transcende la simple question de dérives sur fond de cupidité

Elle pose la question d’une Afrique qui se pense et se projette dans ce qu’elle a de fondamentale (sa culture). Comme d’autres domaines (sa spiritualité, son patrimoine cultuel, son rapport à son corps, l’image de soi, etc ), la dot a aussi été touchée par l’entreprise multiséculaire d’excentrer l’Africain de lui-même, de le vider de sa nature/essence.

A lui d’en être conscient et d’engager une véritable réflexion pour non plus se plaindre de la dot (principe) au vu des dérives, mais de redonner à celle-ci la place qui lui revient : socle stabilisateur et intégrateur entre familles et donc communautés. ©Minsili Zanga pour le site www.minsilizanga.com

Photo d’illustration : ©Femiwiki.org

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