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Cameroun : les artistes indexés de ne pas descendre dans la rue

Cameroun : les artistes indexés de ne pas descendre dans la rue

Les évènements au Nigeria inspirent au Cameroun. Commencé comme une manifestation contre la violence policière, le mouvement contre SARS a vu de nombreux artistes s’y engager.

De Davido, Wizkid à Burna Boy, chacun y est allé de son action. Cette implication fait réagir au Cameroun.

C’est le cas dans la mouvance activiste proche de l’opposition qui souhaite le départ de Paul Biya par la rue. En 2018, certains de ses membres dans la diaspora n’avaient pas hésité à violenter des artistes (Bikutsi et Makossa notamment).

S’en était suivi un long combat entre réalité et virtuel, avant que ceux se désignant comme « patriotes », ne mettent fin à ces boycotts violents.

Aujourd’hui, la mouvance anti-Biya remet ça

Cette fois, sans les citer nommément, elle s’attaque aux artistes de la scène urbaine. Dans un paysage culturel camerounais marqué par une extrême paupérisation, cette indexation des artistes passe mal.

Confrontés au problèmes de leurs droits d’auteur et à la piraterie, les artistes camerounais reprochent à leur public et médias, de ne pas assez les soutenir. Les polémiques sont légion, notamment lors de la prestation d’artistes étrangers au Cameroun. Certains artistes locaux ne comprennent pas pourquoi ils sont mieux payés, plus mis sur le devant.

Aussi, face à ce qui est vécu comme une provocation, certains artistes comme Maahlox ou Lady Ponce, n’ont pas hésité à s’exprimer. Pour la chanteuse de Bikutsi, les artistes camerounais se sont toujours impliqués dans les combats sociaux de leur pays, mais ont aujourd’hui peur du public, toujours prompts à les critiquer au-delà du raisonnable.

Maahlox va dans le même sens, reprochant au public camerounais de ne pas soutenir ses artistes comme il se doit, mais de les appeler à descendre dans la rue.

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Et tandis que ce débat anime les réseaux sociaux, l’animatrice d’Equinox Dominique Onyengueleck a dû se rétracter

Jeudi 22octobre, la jeune femme avait sorti un violent pamphlet contre les artistes, disant qu’elle allait mener le boycott contre eux, à l’exception de Valsero et Richard Bona, deux artistes pro-Kamto.

Face à la réaction des Camerounais globalement contre cette indexation, Dominique Onyengueleck s’est excusée dans un texte truffée de fautes. Ce qui n’a pas manqué d’être récupéré par la Toile camerounaise, qui se gausse gentiment du niveau de l’animatrice.

Du côté du Nigeria, #EndSARS s’est progressivement transformé en contestation du pouvoir en place. Les manifestants, essentiellement des jeunes, réclament à présent une meilleure gouvernance.

Sur le terrain, les incidents et violences se multiplient, amenant les Etats-Unis à fermer leur ambassade à Lagos et à condamner les militaires par la voix de M. Pompeo (Secrétaire d’Etat américain).

De son côté, Buhari, quoique discret, reste ferme. Dans l’Etat de Lagos, le gouverneur a décrété depuis mardi 20 octobre, un couvre-feu total.

Et au Cameroun, beaucoup aujourd’hui félicitent la clairvoyance de leur président. Son gouvernement a en effet interdit toute marche récemment encore, alors que le MRC de Maurice Kamto, appelait le mois dernier à marcher chaque mardi pour réclamer le « changement. »

Pour beaucoup de Camerounais, la voix était toute trouvée pour passer de marche présumée pacifique, à des contestations instrumentalisées.©Dzaleu.com