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Blanchiment de peau : une publicité controversée interdite au Cameroun

Blanchiment de peau : une publicité controversée interdite au Cameroun

Dans le Top 3 des pays africains dépensant le plus en produits cosmétiques, le Cameroun arrive derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud. Parmi ces produits, laits et crèmes pour se blanchir la peau figurent en bonne place.

Il s’agit là d’un lucratif commerce surfant sur les complexes de nombreux Africains. En quête du teint idéal, celui se rapprochant le plus du modèle blanc, ils sont prêts à tout. Aussi, le blanchiment de peau (djansang au Cameroun) a le vent en poupe. Pour preuve, le sujet est aujourd’hui discuté avec banalité. Et réseaux sociaux aidant, les produits sont vendus au vu et au su de tous.

Sur la Toile camerounaise, de nouveaux « influenceurs » ont vu le jour. Leurs faits d’armes résident en parti sur leur teint éclairci ou les produits proposés à une clientèle avide. Sur le terrain, les étals de marché et supermarchés affichent ces produits. Des marques locales y bâtissent leur renommée. Ce qui donne un contexte où ceux appelant à la vigilance sont noyés par ce qui est aussi une affaire de gros sous.

Azania (recueil de nouvelles) Minsili Zanga Mbarga - Librinova juillet 2020

Phénomène de santé publique et de société, le blanchiment a la peau dure en Afrique noire

En effet, le blanchiment de peau est bien installé sur le continent. Et ceci nonobstant son impact sur la santé publique. Et ce ne sont pas les stars adulées des jeunes qui y mettront fin. Nombreuses au contraire s’y adonnent ouvertement. Elles n’hésitent pas à s’en vanter, du Nigeria au Cameroun en passant par l’Afrique australe.

C’est dans ce contexte qu’une publicité jugée « illicite » et « outrageante », vient d’être interdite. Elle est le fait d’une Camerounaise qui a fait des produits blanchissants son fond de commerce. Elle a récemment lancé une vaste campagne promotionnelle sur sa gamme corporelle. J’ai fait le choix de ne pas citer la marque en question, ceux qui veulent en savoir plus feront leurs propres recherches.

Sur cette publicité, on peut voir la promotrice en scène. Teint encore plus éclairci par l’image retravaillée, elle pose assise sur ce qui ressemble à un trône. A ses pieds, deux hommes et deux femmes débraillés, mal coiffés contrairement à elle. Les quatre individus, teint noir, à genoux, tendent les mains vers elle dans une attitude de soumission. Et le message qui accompagne ce visuel vient accentuer le propos si on ne l’avait pas assez compris : « Mettez-les à vos pieds.« 

Inutile de dire que les réactions ont été à la mesure de cette choquante publicité. Descendue en masse dans les réseaux sociaux camerounais, elle a fini par faire réagir les les autorités.

Le gouvernement camerounais a réagi via un communiqué d’interdiction. Selon René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, la promotrice avait deux jours pour procéder à la suppression de sa campagne. Et ceci tant en ligne, que dans la réalité. Faute de quoi, elle était passible de poursuites pénales telles que prévues par la loi camerounaise sur la publicité.

Ci-après le communiqué du ministre de la Communication :

Suspension d’une campagne publicitaire illicite et outrageante

Le ministre de la Communication porte à la connaissance de l’opinion, qu’une campagne publicitaire de promotion des produits d’éclaircissement de la peau a été lancée depuis quelque temps, par une entreprise de fabrication de produits cosmétiques (…)

A l’observation, l’affiche publicitaire au centre de cette campagne comporte des jugements de valeur sur les personnes, fondées sur la couleur de leur peau et susceptible par conséquent de porter atteinte à leur dignité.

Par ailleurs, les messages référentiels qui s’en dégagent suggèrent des atteintes à la morale et à l’éthique publique.

Le ministre de la Communication relève que ladite campagne promotionnelle est en totale violation de l’article 23 de la loi n°2006/018 du 29 décembre 2006 régissant la publicité au Cameroun, qui, en son article 23, prescrit ‘la conformité des messages publicitaires avec les exigences de décence et de moralité’ et dispos en son article 24 que ‘les messages publicitaires doivent être exempts de toute discrimination raciale.’

En outre, la loi sus-indiquée engage en son article 57, ‘la responsabilité pénale de celui qui fait diffuser un message publicitaire contenant des éléments de nature à porter outrage à une race ou à une religion.’

Au regard de ce qui précède, le ministre de la Communication a enjoint à la promotrice (…) ‘mettre un terme à cette activité publicitaire illicite et outrageante, en retirant toutes les affiches de cette campagne, tant sur les panneaux d’affichage que sur les comptes de sa société dans les réseaux sociaux, dans un délai de 48 heures à compter de la date de signature du présent communiqué, faute de quoi, l’intéressée s’exposera aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur. »

Le communiqué était signé du jeudi 22 octobre. Dès vendredi, des images circulaient sur les réseaux sociaux camerounais, montrant les affiches géantes être décollés.

Mon avis sur cette interdiction d’une publicité vantant le blanchiment de peau?

A Dzaleu.com, nous communiquons régulièrement sur les dangers, mais surtout les causes profondes du blanchiment de peau. Alors, comment ne pas dire « bravo ! » Bravo déjà à tous les Camerounais et internautes qui se sont levés contre cette campagne inique.

Et aussi félicitations au gouvernement camerounais. Sur ce dossier, il a pris la juste mesure de cet acte et a engagé sans attendre l’action idoine pour y mettre fin.

Enfin, j’aimerai conclure avec ceci : à l’heure où l’Afrique est confrontée à tant de défis et objet de toutes les convoitises, elle a besoin d’une jeunesse forte dans son identité. Le blanchiment de peau a des origines socio-historiques connues. Son impact psychologique et sur la santé est indéniable. Il est tant que les promoteurs africains qui surfent sur les complexes des leurs, nourrissant ainsi leur aliénation et mettant en danger leur santé, soient confrontés à la loi, à défaut de leur conscience. ©Dzaleu.com M.Z.

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